L'assainissement alternatif

Résumé: 
Cette approche globale replace la gestion de l’eau au centre de nos préoccupations. En effet, nous ne pouvons plus aborder aujourd’hui les questions de l’eau comme nous l’avons fait dans les quarante dernières années.
Corps: 

Des objectifs simples et efficaces

  • une prise en compte du milieu naturel permettant une gestion réfléchie de nos rejets
  • une mise en valeur de l’eau garantissant le bon fonctionnement des ouvrages
  • une utilisation multi-usage du domaine public permettant de retenir l’eau à la source
  • dépollution tout au long du cheminement de l’eau

Un peu d’histoire...

  • 1960 – 1990 : Une gestion de masse amenant à des dysfonctionnements majeures, telles que les inondations, les pollutions, la non réalimentation des nappes phréatiques, etc ….
  • 1990 – 2000 : Prise de conscience des problèmes liés à une urbanisation dense et à une imperméabilisation forte et non réfléchie. Création de moyens de retenus "technique". Ces moyens sont inadaptés voir contre productif.
  • 2000 – 2005 : Analyse critique de cette période et des moyens mis en œuvre mais non entretenus ou ne répondant qu’aux caractères règlementaires mais pas à un besoin réfléchi.
  • de 2005 à aujourd’hui : Une approche plus globale et nécessairement plus transversale de la gestion de l’eau. La sélection de solutions techniques à mettre en œuvre découle désormais d’une approche urbaine et renvoie à la conception même de l’aménagement durable.

Le stockage aérien : des avantages non négligeables

Ces premières approches permettent de mettre en valeur l’eau dans l’aménagement. Cette approche "d’inondation" maîtrisé permet de sensibiliser les usagers à sa présence.

Ces dispositifs permettent :
  • Mutualiser les usages du domaine public et ainsi de le mettre en valeur,
  • De diminuer les ouvrages enterrés, au coût financier important et permettant difficilement de contrôler ses éventuels disfonctionnements,
  • De maîtriser les eaux météorites en leur lieu de précipitation et de garantir l’aval d’inondation.
Des moyens multiples répondant aux attentes sans surcoût, et même économique ;
  • La gestion de surface ne demande pas ou très peu d’ouvrage, seulement une étude fine de nivellement et d’aménagement. Les surfaces publiques permettant la réalisation des ces dispositifs sont très nombreux :
  • Les cheminements piétons et espaces verts,
  • Les stationnements, les parvis, les places,
Une volonté de promouvoir et un partage des acteurs de l’aménagement du territoire
  • Une volonté des élus et aménageurs
  • Un programme d’actions et d’objectifs
  • Une équipe pluridisciplinaire avançant conjointement pour répondre au programme

 

Les moyens à mettre en œuvre

Le choix des techniques à mettre en œuvre dépend fondamentalement de plusieurs variables. C’est en fonction de ces dernières que différentes solutions pourront être apportées.

Les variables
  • Demande t-on aux acquéreurs une rétention complète ou partielle à la parcelle
  • Peut-on prévoir une infiltration dans le sol
  • Y a-t-il une volonté de récupération des eaux de pluies
  • Quels sont les critères techniques référencés par la collectivité sur la gestion des eaux pluviales (PLU – règlement d’assainissement – etc..)
  • Quelle est la pression foncière, une gestion de surface des eaux gèle de l’espace de façon importante
  • Jusqu’où va la politique d’inondation maîtrisée (trottoir, parking, etc…)
  • Quels sont les implantations envisagées sur le site (industrie, agroalimentaire, habitat, etc…)
  • Milieu environnant (rejet des eaux, nuisances, etc…)
Les liens entre l’aménagement et l’eau pluviale

L’objectif principal d’une bonne gestion est de retenir le plus possible les eaux à l’endroit des précipitations. Ceci évite une mise en surcharge sur le point bas du bassin récepteur, (risque d’inondation) et de surdimensionner les réseaux. Cela permet également une diffusion plus homogène vers les nappes, et évite d’avoir de grandes étendues foncières gelées par un bassin de retenue n’ayant pas fonction d’espace public.

Les acteurs de l’aménagement de l’espace public doivent avoir une démarche intégrée, c’est parler d’architecture, de paysage, de voirie, de géologie et de sociologie.
  • Intégration de la démarche dans l’urbanisme
  • Mise en valeur de l’eau pour une démarche intégrée et explicitée vis-à-vis des usagers
  • Assistance auprès des acquéreurs pour la mise en place des dispositifs et rédaction des PC
  • Adaptation du plan masse à la topographie du terrain et à la gestion des eaux
  • Minimiser les revêtements imperméabilisants
  • Un échange avec le gestionnaire d’entretien pour des solutions simples mais pérennes

 

Les techniques dites “alternatives”

Les quatre critères principaux pour une bonne gestion des eaux météorites ;
  • Retarder et retenir l'eau le possible avant son arrivée au point bas,
  • Utiliser le plus possible les secteurs ayant une fonction d’espace public,
  • Réaliser des dispositifs simples mais garantissant un bon fonctionnement dans le temps,
  • Intégrer la dimension de pollution dans le système,

 

Dans les chapitres suivant nous allons parcourir les différentes techniques répertoriées en fonction de leurs natures ;

  • La gestion de surface (noue, bassin, zone inondable)
  • Les ouvrages enterrés (chaussée réservoir, stockage par busage surdimensionné, cuve)
  • Les dispositifs aériens (toiture terasse stockante, toiture végétalisée)

 

La gestion de surface

Les bassins à secs (ou d’infiltration)
  • Espace public pouvant être valorisé – terrain de jeux ou d’agrément paysager,
  • Entretien facile – pente faible, passage au tracteur tonte,
  • Consommation d’espace foncier important,
  • Implique un réseau amont surdimensionné du fait du stockage unique au point bas,
  • Concentration des pollutions, mettre un dispositif efficace type lamellaire, d’un coût et d’une dimension importantes.
Les bassins en eaux
  • Espace public très valorisant – agrément paysager,
  • Décantation des eaux importantes d’où une concentration bien moindre des polluants,
  • Consommation d’espace foncier important,
  • Implique un réseau amont surdimensionné du fait du stockage unique au point bas,
  • Implique un renouvellement des eaux régulier pour éviter la formation d’algues ou de parasites,
  • Entretien moins facile – passage au rotofil et nettoyage de surface pour les papiers.
Les noues de stockage (ou d’infiltration)
  • Profondeur du profil en travers de la voie, d’où une impression de vert et d’espace,
  • Décantation des eaux importante, d’où une concentration bien moindre des polluants,
  • Permet le transfert des eaux d’où un sous dimensionnement des réseaux, voir leur disparition,
  • Permet le stockage des eaux en cas de forte pluie, d’où une diminution des bassins,
  • Implique une adaptation du plan masse à la topographie primordiale (noue parallèle aux courbes de niveau),
  • Entretien à la tondeuse à mains,
  • La faible profondeur d’une noue implique que les parcelles soient également gérées en aérien.
Les mises en charge maîtrisées (parking en eau, trottoir inondé, etc…)
  • Répond aux fondements même de l’assainissement alternatif pédagogique
  • Pas de consommation d’espace car pas utilisé en cas de forte pluie
  • Très bonne visibilité des éventuels dysfonctionnements
  • Permet d’éviter les conduites surdimensionnées
  • Consommation d’espace foncier en cas de forte pluie pour les parkings
  • Implique une adaptation du plan masse à la topographie importante .
 

Les ouvrages enterrés

Les bassins enterrés en génie civil
  • Pas de prise de foncier
  • Pouvant être visitable
  • Coût de l’ouvrage
  • Pas ou peu de lisibilité sur le dysfonctionnement éventuel de l’ouvrage
  • Coût de l’entretien (cela reste un ouvrage de génie civil)
  • Implique un réseau en amont surdimensionné
Les bassins enterrés sous espaces verts ou piétonniers
  • Pas de prise de foncier
  • Participe au recyclage (200 000 T brûlés / an de pneus neufs ayant une malfaçon)
  • Coût de l’ouvrage
  • Pas ou peu de lisibilité sur le dysfonctionnement éventuel de l’ouvrage
  • Ne peut se réaliser que sous espaces verts ou zone piétonne
  • Implique un réseau en amont surdimensionné
  • Les structures alvéolaires – ou chambre de stockage (ou d’infiltration)
 
Les canalisations surdimensionnées
  • Pas de prise de foncier
  • Dispositif visitable
  • Coût de l’ouvrage moindre qu’en génie civil
  • Pas ou peu de lisibilité sur le dysfonctionnement éventuel de l’ouvrage
  • Implique un réseau en amont surdimensionné
Les chaussées ou parking à structure réservoir stockant (ou d’infiltration)
  • Pas de prise de foncier
  • Coût
  • Eau stocké sur lieu de ruissellement pas ou peu de conduite suivant la percolation du revêtement
  • Porosité de 30% à 60% suivant le matériau envisagé
  • Ouvrage non visitable
  • Pas ou peu de lisibilité sur le dysfonctionnement éventuel de l’ouvrage
  • Entretien impératif en cas de matériau de surface drainant

La gestion aérienne

Les toits stockants
  • Pas de prise de foncier
  • Coût négligeable si prit en considération dès la conception du bâtiment
  • Eau stocké sur lieu de ruissellement pas de conduite
  • Ouvrage visitable
  • Entretien impératif et régulier
Les toits végétalisés
  • Pas de prise de foncier
  • Eau stocké sur lieu de ruissellement pas de conduite (porosité du substrat de l’ordre de 30%)
  • Ouvrage visitable
  • Peu d’entretien
  • Participe aux économies d’énergie (isolation)
  • Renforcement de la structure du bâtiment
Post-scriptum: 

Les objectifs de l’assainissement alternatif

L’assainissement alternatif se doit de répondre à des besoins, canaliser, dépolluer et stocker. Toutefois les procédés mentionnés auparavant ne sont que des moyens techniques. La réflexion doit se porter sur la cohabitation de l’espace public et de l’eau.

Ces moyens pris à l’unité ne pourront pas prétendrent répondre à tous les besoins. C’est en les assemblant entre eux et en gérant le stockage des eaux pluviales en leur lieu de ruissellement que le dispositif général retenu sera optimum.

Ce choix de moyens doit impérativement avoir l’adhésion de l’ensemble des acteurs du projet, de la maîtrise d’ouvrage, en passant par les utilisateurs du site sans oublier le gestionnaire à venir, car l’entretien des dispositifs est primordial à son bon fonctionnement.

La maîtrise d’œuvre se doit de faire les propositions et de valider la faisabilité technique répondant à la volonté de l’aménageur. Mais ces choix doivent être retenus avec beaucoup de soins en fonction de variables à bien définir.

En effet ces techniques imposent des études de dimensionnement et de nivellement fines dès le début de la mission, au moment même de la réflexion du plan masse. C’est pourquoi la première phase est importante en temps passé pour arriver à un projet réfléchi, intégré, et moins coûteux en réalisation.

L’objectif ; limitons, réduisons, réfléchissons, mais arrêtons cela.